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LE 1er février PAR Un monde d’avance - 0 COMMENTAIRES

Retour au pouvoir de la droite au Chili

Retour au pouvoir de la droite au Chili Le 16 janvier dernier, la droite chilienne est revenue au pouvoir pour la première fois depuis la défaite de Pinochet en 1989. L’entrepreneur milliardaire Sebastian Piñera a battu le chrétien -démocrate Eduardo Frei, candidat de La Concertation. Cette coalition — baptisée à l’origine Concertación de Partidos por el No — fédérant différents partis de gauche et du centre était née en 1988 à l’occasion du référendum de 1988 portant sur le maintien au pouvoir du général Pinochet. Retour sur cette élection présidentielle avec Armando Uribe-Echeverria, président en France du Parti socialiste chilien qui contrairement à la direction chilienne, a soutenu la candidature de Jorge Arrate.

Un Monde d’avance : Le résultat de ces élections a-t-il été pour vous une surprise ?

Armando Uribe-Echeverria : Non. Il était prévisible avant même le premier tour et il s’est confirmé avant le second où Piñera avait 15 points d’avance sur Frei. Le désir de changement était immense. Or, Frei a déjà été président de 1994 à 2000. Un président médiocre, d’ailleurs… Il aurait donc fallu un sursaut des forces démocratiques pour retourner la situation. Ce qui était exclu dans la mesure où elles étaient divisées dès le départ non seulement à cause d’un problème de désignation des candidats mais surtout parce que la majorité d’entre elles voulaient coûte que coûte prolonger le système politique mis en place par la Concertation.

En quoi consiste ce système ?

En une politique économique libérale accompagnée d’une distribution d’aspirine lorsque les souffrances sociales sont trop fortes. Par exemple, si l’on dénonce des salaires trop bas, la Concertation propose un bonus annuel de 55 €. Ce à quoi durant la campagne, la droite a répondu en promettant un bonus de … 70 €. Mais la nature du système n’a jamais été remise en cause par la coalition de centre-gauche. Elle a mené une politique libérale tout en s’adonnant à de grandes déclarations sociales. Les valeurs qu’elle prétend défendre n’ont jamais été concrétisées dans ses réalisations politiques.

Quelles sont les raisons de cette forme de gouvernance ?

La Concertation a toujours eu peur de la droite et des militaires. Même si, à mon sens, l’armée n’est plus en état psychologique d’intervenir dans la vie politique du pays. Et puis les institutions chiliennes fonctionnent toujours selon la Constitution mise en place par Pinochet. Le Parlement à tous les pouvoirs ; le président ne peut rien décider seul. Les députés sont élus selon un système binominal qui écarte toute possibilité de majorité stable pour un seul parti. Lors des scrutins, si la liste A n’obtient pas le double des voix de la liste B, les deux listes obtiennent chacune 1 siège ! Les différents gouvernements de la Concertation ont donc été obligés de diriger avec l’opposition de droite représentée par l’Union Démocratique Indépendante. Ce parti — le plus important à l’Assemblée — a été créé par les technocrates pinochétistes pour que la ligne politique du dictateur puisse se prolonger dans la démocratie.

Quel est l’avenir de la Concertation ?

Nul ! Rien n’est plus possible si l’on ne change pas de Constitution, ce qu’a refusé de faire la Concertation. Pendant les quatre années à venir, les différentes composantes de cette coalition vont devoir se resituer. Certaines vont probablement se rapprocher de la droite, comme les radicaux qui ont déjà négocié avec les pinochétistes pour le bureau de l’Assemblée.

Et l’avenir de la gauche chilienne ?

Sa seule issue est de construire une véritable opposition et de se battre pour une nouvelle Constitution et la refondation de la République chilienne. La direction du Parti socialiste vient de démissionner, son président ayant mené le Parti dans le mur, notamment en transgressant les statuts pour désigner son candidat aux Présidentielles. En désaccord avec ces pratiques, nombre de militants et de cadres sont déjà partis. Parmi eux Jorge Arrate, un ancien président du PS, qui s’est présenté contre Frei, et a été le seul candidat vraiment à gauche de ces élections.

Quelles leçons peuvent tirer les socialistes français de cet épisode chilien ?

Que lorsqu’il y a alliance avec les démocrates-chrétiens, les socialistes sont invariablement dévorés. Ils continuent à clamer leurs valeurs et leurs souhaits en matière sociale, tout en s’adossant aux politiques de droite dure mises en place par le centre en matière d’économie et de droit du travail. En 20 ans, cette « union » a tué le PS chilien. Je ne peux aujourd’hui définir le socialisme, qu’en me référant aux choix économiques. Car pour ce qui est des valeurs et des grandes déclarations, on est tous d’accord. Rares sont ceux qui osent déclarer que le monde ne doit pas progresser et qu’il ne faut pas faire le bonheur du plus grand nombre ! Mais lorsqu’il s’agit d’agir concrètement, il y a une vraie fracture entre la gauche et le centre. Le PS français ne devrait pas jouer avec le feu…

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